Vol. 4, No. 1, - Décembre 2018

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Chroniques

Ce n’est pas l’expérience de chantier qui m’a permis d’estimer ces projets si différents mais mon imagination, ma curiosité et les questions que j’ai sû poser aux contremaîtres, aux fournisseurs, aux clients pour bien saisir leurs besoins. J’adorais ce métier.

L’estimation – Du rêve à la réalité

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Auteur : Mathieu Goyette

Par Réseau ETS

Durant mon parcours à l’ETS et les 10 années qui ont suivi, j’ai toujours été près de l’analyse des coûts de construction. En effet durant mes stages et même lors de la rédaction de mon projet synthèse, ça a toujours été quelque chose qui m’intéressait et je me débrouillais bien là-dedans. Certains finissants qui performait mieux en calcul se sont dirigé vers la conception, d’autre plus social et habile dans la résolution de problème se sont rapprocher de la gestion. Alors que pour ma part, c’est mon imagination je crois qui m’a amené à me diriger vers l’estimation. Lors de mon dernier stage à l’ETS, mon employeur m’avait demandé de déterminer le coût réel d’un ouvrage spécifique en construction. J’avais alors fait des recherches à travers les factures de matériaux, les heures de mains d’œuvres et de machineries afin de trouver le coût réel de cet ouvrage. Je me souviendrai toujours du visage de mon patron empressé de fouiller mon rapport lorsque je lui avait apporté. Je savais que j’avais réalisé quelque chose d’important pour lui, peut-être même plus que toutes les heures que j’avais mis à faire de la gestion de projet cet été là. C’est pourquoi d’ailleurs que j’ai fait mon projet synthèse sur ce sujet.

Mes premières expériences comme diplômé ont d’ailleurs été en contrôle des coûts et quantités. C’était un travail qui intéressait peu d’ingénieurs mais je ne m’en plaignais pas et j’apprenais ainsi les bases. Les années suivantes, j’ai commencé à travailler comme estimateur mais je faisais aussi de la gestion pour donner un coup de main en chantier l’été. Dans ce travail, je n’avais aucun plans à signer ou à sceller mais j’étais fier de faire cela et ça m’ouvrait d’autres portes. On m’apprenait à estimer des travaux sur papier mais je devais construire l’ouvrage dans ma tête. Je devais comprendre les plans et devis et imaginer tout le travail à faire pour en estimer les coûts. Cela peut sembler simple mais en fait il faut réfléchir à la cadence et à la vitesse que ces travaux seront réalisés. Il faut réfléchir aux outils et aux équipements qui seront nécessaires pour faire ses travaux. Enfin nous aurons besoin de matériaux et tous ces éléments ont des frais associés. Un système d’estimation m’aidait à construire le projet.

Parfois, c’était des travaux que je n’avais jamais vu être réalisé en chantier. On me disait souvent : « Comment peux-tu faire de l’estimation si tu n’as presque pas fait de chantier ». Combien de fois je l’ai entendu celle-là… Mais attention, ce n’est pas parce que je n’avais pas d’expérience sur le chantier que je ne maîtrisais pas ce que je faisais. Tout d’abord je n’avais pas le choix de me fier à mon imagination mais par contre je devais apprendre à poser des questions et aller chercher l’information lorsque j’en avais besoin. Je me souviendrai toujours d’un projet de dôme pour entreposer des minéraux que j’ai dû un jour estimer. Il était construit à l’aide d’un grand ballon qu’il fallait gonfler afin de projeter du béton par l’intérieur et ainsi le solidifier. Ce projet était très rare alors je n’avais pas le choix de m’imaginer les travaux et de me renseigner auprès des rares fournisseurs de ce type de ballon.  L’une d’entre elle était Française et l’autre Américaine et chaque méthode était différente. « Soumissionne-moi cela! » qu’on m’avait lancé pour ce projet, ou encore pour le projet d’un pont en caillebotis dans la région d’Ottawa, et aussi le projet de 90 millions d’un garage d’autobus pour la STM. C’est peut-être la chance mais je m’en sortait bien lors des résultats de soumission. Ce n’est pas l’expérience de chantier qui m’a permis d’estimer ces projets si différents mais mon imagination, ma curiosité et les questions que j’ai sû poser aux contremaîtres, aux fournisseurs, aux clients pour bien saisir leurs besoins. J’adorais ce métier.

Les relations étaient toujours amicales dans ce travail et c’est ce qui me plaisait car il arrivait rarement d’avoir des conflits majeurs à ce sujet. Mes principales préoccupations étaient lors de la fermeture de soumission. Je me souviendrai toujours la veille de la fermeture du projet du pont de Laviolette lorsque notre équipe d’estimation avait terminé à 4 h du matin en décembre avant les fêtes. Nous étions fiers d’avoir imaginé la construction de dalles de béton au sol qu’il fallait ensuite soulever et installer à l’aide de grues. Nous l’avions construit dans nos tête ce projet et notre enthousiaste a redoublé lorsque nous avons obtenus le contrat. J’ai de bon souvenir à ce sujet… Ce bagage de connaissances me sert toujours aujourd’hui à mon travail et parfois on me demande encore d’estimer certaines choses. La plupart du temps, la personne qui viendra me demander de l’aide sera la même qui va m’aider à trouver la réponse. Les travaux me sont inconnus alors je lui retourne la question à savoir ce qu’elle aura besoin, ainsi que la durée et le nombre de personne nécessaire afin de réaliser le projet. À la fin de la journée, à l’aide d’un calcul, on trouve la réponse ensemble. Il suffit de l’imaginer. J’ai développé beaucoup de contacts dans le domaine mais j’en ai perdu car je n’en fais presque plus maintenant mais les réflexes sont restés. 

Je n’aime pas citer ce personnage mais le 2 septembre 2014 à la commission Charbonneau, un certain entrepreneur disait : « Je me suis impliqué beaucoup dans les soumissions parce que c’est le nerf de la guerre, une soumission. » Cet entrepreneur a attribué son succès en quelque sorte à l’estimation. Il s’y est intéressé alors que d’autre négligeait ce métier. C’est pour cette raison que je crois que tous les ingénieurs doivent s’intéresser à la matière pour mieux la comprendre et la maîtriser pour ne plus que ce genre de situation ne se représente. Ce texte se veut un hommage aux estimateurs qui travaillent souvent dans l’ombre, dans leur tête, à imaginer de quelle façon les travaux seront réalisés. Je crois sincèrement qu’un meilleur contrôle des coûts en chantier ou lors de la conception permettrait de trouver des solutions efficaces et optimales pour permettre à un projet de rêve de pouvoir devenir réalité.

NOTE : Je vous invite à consulter l’Association des estimateurs et des économistes de la construction du Québec pour en savoir plus.