Vol. 3, No. 1, - Décembre 2017

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Quand on se compare, on se console…

Quand on se compare, on se console…

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Par François Normandin, rédacteur en chef adjoint (Internet et médias sociaux), revue Gestion (HEC Montréal)

Vous connaissez sans doute l’adage qui veut que « Quand on se regarde, on se désole. Quand on se compare, on se console »! Et de fait, la nature humaine est telle que nous avons souvent tendance à sous-estimer nos réalisations, qu’elles soient individuelles ou collectives. Peut-être même un peu plus collectivement, où le Québec en prend parfois pour son rhume dans les médias. On nous parle souvent de manque de productivité, de faible niveau de diplomation, du temps d’attente à l’urgence et de bien d’autres aspects de notre environnement socio-économique qui ne semblent pas tourner bien rond. Mais qu’en est-il, au juste? Le Québec se démarque-t-il lorsqu’on le compare à nos voisins de la fédération canadienne? Gestion, en collaboration avec Trait de génie, vous propose cinq points de comparaison qui apportent un début de réponse à ces quelques interrogations.

Les dépenses intérieures en recherche et développement

Le discours est fort et puissant : « Une économie en santé est une économie qui innove! ». À ce titre, comment se positionne le Québec? Force est de reconnaître qu’au fil des dernières années, les investissements en R&D ont eu tendance à stagner quelque peu, oscillant autour de huit milliards de dollars entre 2010 et 2012[1]. Toutefois, lorsque l’on compare la performance de la Belle Province à celle des autres provinces pour l’année 2012, le Québec occupe les hauteurs du classement, avec des dépenses en R&D per capita de 1 018 $, cédant le pas seulement à l’Ontario (1 062 $). Mieux encore, le Québec est la province où le secteur privé investit le plus, en pourcentage total des dépenses de R&D, avec près de 58 % des efforts en ce sens.

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La construction

« Quand le bâtiment va, tout va! » a-t-on coutume de dire! À ce compte-là, on pourrait dire que la performance du Québec est plutôt moyenne. L’activité économique au ralenti n’aidant en rien, le Québec a connu une chute de près de 23 % au chapitre du nombre de logements construits entre 2010 et 2014. Quant à sa performance dans l’ensemble canadien, elle demeure aussi moyenne. Pour la dernière année, il s’est construit 41 300 logements neufs, soit environ un logement pour 193 habitants. C’est bien moins que la moyenne nationale (un logement pour 167 habitants) et qu’en Alberta, où il s’est bâti, toujours en 2014, un logement neuf pour 90 habitants. Mais gageons qu’avec la baisse des cours du pétrole et le ralentissement économique que connait cette province, un certain nombre de ces habitations seront sur le marché sous peu…

construction

 

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant

Peut-être avez-vous déjà entendu dire que le Québec était une province « pauvre » au sein de la famille canadienne? À cet égard, la mesure du produit intérieur brut par habitant peut nous aider : il rend essentiellement compte du niveau de vie des habitants d’un territoire donné. Et les statistiques tendent à prouver qu’en effet, le niveau de vie est moins élevé au Québec qu’ailleurs au Canada. Sans grande surprise, ce sont l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador qui trônent au sommet du palmarès à ce chapitre, grâce en grande partie à la richesse collective générée par l’extraction pétrolière et minière dans ces provinces. Gardons toutefois à l’esprit que le coût de la vie est plus cher dans ces provinces, ce qui fait qu’au final, les habitants de ces provinces ne sont pas nécessairement plus riches que nous! Quant au Québec, il se situe dans le dernier tiers de la classe canadienne et affiche une performance de quelque 10 000 $ sous la moyenne canadienne, à environ 45 500 $ par habitant.

pib

La balance commerciale

Sommes-nous majoritairement des importateurs ou des exportateurs? Toute économie cherche normalement à vendre davantage qu’à acheter. Mais est-ce le cas pour le Québec et ses consœurs provinciales? Encore ici, les provinces riches en matières pétrolifères et minérales s’en tirent relativement bien au chapitre de la balance commerciale. Le Québec, quant à lui, affiche une mince balance commerciale négative d’environ 3 milliards de dollars. En comparaison avec la locomotive que constitue l’économie ontarienne, c’est certes peu, cette dernière affichant un déficit de 88 milliards de dollars pour 2014, tirant ainsi la balance commerciale canadienne dans le rouge.

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En conclusion

Ces quatre indicateurs dont nous venons de discuter n’ont pas la prétention de rendre un portait juste et fidèle de la réalité économique du Québec, tant les dimensions à considérer sont nombreuses. Toutefois, la véritable question à se poser demeure de savoir si les seuls indicateurs économiques nous renvoient un bon portait de la qualité globale de la vie au Québec et au Canada, y compris les aspects économiques. Existe-t-il un indicateur qui nous permettrait de saisir une telle chose? Bien sûr! Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publie chaque année l’indice de développement humain (IDH) qui, quant à lui, prend en considération trois dimensions larges, à savoir la longévité (mesurée par l’espérance de vie à la naissance), l’éducation (mesurée par la durée moyenne de scolarisation et la durée attendue de scolarisation) et le niveau de vie (capturé par le revenu national brut par habitant). Une étude menée en 2011 par le Centre for the Study of Living Standards a appliqué le modèle de l’IDH pour les dix provinces canadiennes. On constate donc que le Québec obtient un score (0,903) très près de la moyenne canadienne, elle-même établie à 0,908[2].

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Et en comparant les résultats du Québec et de l’ensemble des provinces canadiennes aux autres pays du globe, l’on constate aisément que, somme toute, notre performance globale au chapitre du développement humain est fort honorable!

 

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Certes, l’économie du Québec n’offre pas son plein potentiel et bien des améliorations pourraient être entrevues afin de faire tourner cette dernière plus rondement. Mais au final, lorsque l’on prend un peu de recul et que l’on se compare de manière plus large, notamment par l’entremise de l’IDH, à nos voisins canadiens et à l’ensemble des pays du globe, vous conviendrez avec moi qu’il fait quand même bon vivre chez nous!

Sources : Statistique Canada, Industrie Canada, Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Centre for the Study of Living Standards

[1] Dernières données disponibles.

[2] Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) considère qu’un IDH de 0,800 et plus témoigne d’un développement humain très élevé, tandis qu’in indice de 0,700 indique un développement humain élevé. Au-delà de 0,550, le développement est considéré comme moyen.