Vol. 3, No. 1, - Décembre 2017

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Le modèle québécois, vu de l’extérieur

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Par Hussein Suprême, diplômé ÉTS et membre du comité éditorial

Je me décris toujours comme un social-démocrate dans l’âme pour qui l’« ÊTRE » doit être priorisé à l’« AVOIR ». Je crois fermement que l’État, dans son sens juridique, a un rôle central à jouer dans toute société, un rôle d’arbitre pour redistribuer les richesses et s’assurer qu’un fossé ne se creuse pas entre les moins nantis et les plus aisés. Cette philosophie de vie me vient peut-être du fait que j’ai grandi dans un pays où avoir accès à des soins de santé de qualité est réservé à ceux qui en ont les moyens économiques; dans un pays où, même si sa constitution, loi mère de la nation, exige que l’éducation soit gratuite et obligatoire pour les enfants, la grande majorité n’y ont pas accès; dans un pays riche culturellement, mais malheureusement freiné par son instabilité politique.

Avec une telle vision du monde, nul besoin de dire que l’indice de développement humain (IDH) institué par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est un facteur essentiel dans mon processus d’immigration dans un autre pays. Très vite, on pense aux pays scandinaves et au Canada. Étant un pays francophone proche de ma terre natale, et ayant déjà une forte communauté haïtienne installée, le choix du Canada comme pays d’accueil paraissait l’option la plus rationnelle et pragmatique. Des années après mon intégration, en me remémorant les différentes étapes franchies et les expériences vécues dans cette riche société ouverte et accueillante, je me pose les questions suivantes : Comment percevais-je le modèle québécois? » et « Avais-je réellement perçu un modèle québécois, ou plutôt un modèle canadien ?

Les caractéristiques impressionnantes de cette société, qui m’attiraient hier et m’attirent encore aujourd’hui sont le multiculturalisme, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’éducation de qualité, à des prix raisonnables comparés aux voisins américains, et l’usage des deux langues : le français et l’anglais. Les universités ont une belle côte à l’échelle internationale et certaines industries se positionnent comme de vrais leaders mondiaux en quête perpétuelle d’innovation. Hydro-Québec, avec sa forte production d’énergie propre, est vu comme un modèle concret de lutte contre le réchauffement climatique et perçu comme un symbole de fierté. Les coopératives bien ancrées dans les us et coutumes laissent entrevoir la place importante que joue l’économie sociale et solidaire dans la société. Un système de santé gratuit rend sceptique certains curieux et suscite beaucoup de questionnements sur les mécanismes mis en place pour gérer cette grande machine. L’image vendue est qu’il s’agit d’un grand territoire très peu peuplé à la recherche de main-d’œuvre qualifiée. On est porté à croire qu’un grand nombre d’emplois restent à combler. Avec une économie forte, on est tenté à venir découvrir l’eldorado.

Vu de l’extérieur, mon réflexe premier était de parler du Canada qui comprenait Montréal, le Québec. À l’international, on rappelle souvent qu’un certain distinguo doit être fait entre le Québec et le reste du Canada; mais on a tendance à le placer dans un contexte purement théorique et idéologique. La paperasse administrative à remplir, tant pour le fédéral que le provincial, aurait dû quand même nous mettre une puce à l’oreille. Avec le temps, j’ai su comprendre que le Québec est vraiment une société distincte du Canada avec une riche culture et des aspirations bien prononcées par rapport au reste du pays.

En guise de conclusion, il est très difficile de cerner de loin certaines particularités et subtilités propres au Québec sans les vivre au quotidien. Un exemple, et le plus en vue à tort ou à raison, est le français et le Canada.

P.-S. Tout au long de cet article, les réflexions faites relèvent de mes expériences strictement personnelles, et ne reflètent pas nécessairement celles d’autres immigrants.