Vol. 3, No. 1, - Décembre 2017

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Portraits

J’ai toujours eu un intérêt envers le management et pour le moment, je suis en mode apprentissage : j’observe, je visite, je questionne, j’essaie de comprendre.

Jean-François Boland, un leader rebelle

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Tête à tête

Par Brigitte Boucher, rédactrice en chef

Avec une coiffure extravagante, un perçage au sourcil et un charisme quasi légendaire, Jean-François Boland est une figure bien connue à l’École de technologie supérieure. Ce professeur agrégé, nouvellement directeur du département de génie électrique de l’ÉTS, sait rallier les foules partout où il passe. Tête à tête avec un ingénieur atypique.

Un petit lundi après-midi d’été tout gris, Jean-François Boland m’accueille dans son nouveau bureau. Un grand espace aéré, lumineux et étonnamment bien rangé. À droite, un mobilier impeccable, quelques papiers déposés ici et là. À gauche, un confortable coin de lecture. M. Boland dégage une forte impression de calme et de contrôle. Je ne suis pas facilement intimidée, mais cette fois-ci, je n’y peux rien : je suis un peu nerveuse.

C’est que le succès lui court après, semble-t-il. Dix ans seulement après avoir intégré le corps professoral de l’ÉTS, il est maintenant à la tête du département de génie électrique. Tout un exploit pour ce diplômé qui vient tout juste de célébrer son 41e anniversaire. Je lui fais d’ailleurs remarquer qu’il a justement le même âge que le département qu’il dirige. Un bref silence accompagne sa réflexion, puis il répond qu’il est bien conscient de l’historique et de la notoriété du département de génie électrique de l’ÉTS. Humblement, il souhaite être en mesure de prendre les meilleures décisions afin de poursuivre la tradition d’excellence.

En discutant avec Jean-François Boland, on comprend rapidement qu’il sait où il s’en va. Chez lui, prendre le temps de réfléchir et consulter les bonnes personnes est un réflexe bien naturel. Tout cadre avec le persona organisé et discipliné qu’il projette. Pourtant, il est loin d’en avoir toujours été ainsi.

Retour en arrière : hiver 1991. Jean-François Boland est en cinquième année du secondaire et il s’apprête à faire une demande d’admission en Techniques policières au Collège Ahuntsic. Son père, qui a vu son fils passer des heures à bâtir des villes entières en blocs LEGO et à démonter différents petits appareils pour en analyser le fonctionnement, lui apporte un dépliant du Collège Lionel-Groulx. Sur un coup de tête (ou coup de cœur?), Jean-François Boland change de cap et choisit la Technique en génie électrique.

Le temps passe. Il n’a pas l’intention de poursuivre ses études à l’université, malgré les nombreuses journées carrières auxquelles il assiste. En mai 1994, la cohorte de M. Boland compte 14 finissants et la moitié de ceux-ci fréquenteront l’ÉTS dès septembre. Nouveau coup de tête (ou coup du destin?) : il décide de suivre ses amis et s’inscrit au baccalauréat en génie de la production automatisée. Un mois d’études lui suffira pour comprendre que ce programme ne correspond pas à ses intérêts et il transfère alors vers le programme de génie électrique. Enfin, Jean-François Boland se sent à sa place et il s’implique à fond, nuit et jour, au sein du club scientifique Omer 2 et Omer 3[i].

Après le bac, il décide de poursuivre à la maîtrise, toujours à l’ÉTS et toujours pour suivre sa gang de chums. En fait, à ce moment, les études sont presque un passe-temps pour lui puisqu’il s’investit alors intensément dans le club scientifique Hélios[ii], notamment à la conception d’un ordinateur de bord. Un évènement marquant viendra alors tracer la voie professionnelle de Jean-François Boland : le professeur Fred Awad lui offre la charge de cours pour ELE104, un tout nouveau cours d’introduction aux principes fondamentaux des circuits électriques créé pour les étudiants de profil informatique. Bien que l’engagement l’effraie quelque peu, il accepte et c’est le coup de foudre : Jean-François Boland tombe en amour avec l’enseignement. L’enseignement tombe aussi en amour avec lui : pour ce premier cours, il obtient l’une des meilleures évaluations du professeur par les étudiants que le département ait jamais vue, soit 4.93/5.0! La suite de l’histoire était déjà toute tracée… Avec du recul, M. Boland ne sait pas pourquoi cette évidence ne lui est pas apparue plus tôt : toute sa famille baigne dans l’enseignement, confie-t-il avec un sourire en coin.

Puis, les choses se mettent à changer pour Jean-François Boland. En 1999, il décroche une bourse de relève professorale mise en place par l’ÉTS pour s’assurer d’avoir des professeurs diplômés de l’ÉTS. Il entreprend alors un doctorat en génie électrique à l’Université McGill, ce qui lui permet de couper le cordon ombilical avec l’ÉTS. Aussi, ce sont les exigences des études doctorales qui ont forgé la personne réfléchie et organisée qu’il est encore aujourd’hui.

Sans faux-semblant, Jean-François Boland affirme entretenir de bonnes relations avec ses collègues et se sentir apprécié au sein de son département, comme partout ailleurs dans l’École. Il est évident que cet homme possède d’importantes habiletés relationnelles, mais qu’en est-il de la gestion? J’ai toujours eu un intérêt envers le management, dit-il. J’ai toutefois suivi plusieurs cours de gestion depuis le début de ma carrière et pour le moment, je suis en mode d’apprentissage : j’observe, je visite, je questionne, j’essaie de comprendre. Mes engagements pour le département sont de maintenir et rehausser la qualité de l’enseignement, de faire rayonner nos activités de même qu’assurer un milieu de travail propice à la recherche et à l’apprentissage, affirme-t-il, sûr de lui.

Avec le poids d’un tel mandat, comment M. Boland fait-il pour garder la tête hors de l’eau (et un bureau si propre)? Tout est dans la discipline et l’organisation, confie-t-il. Au début de sa carrière de professeur, Jean-François Boland s’est fixé des règles strictes : pas de courriel le soir ni le week-end, et des vacances étalées tout au long de l’année. Dans un monde où l’on a l’impression que la surcharge de travail est la règle, M. Boland fait certes exception. Comme il me fait remarquer, « being busy isn’t the same as being productive »[iii]. En effet, Jean-François Boland travaille fort, mais selon ses dires, il sait fêter tout aussi fort! Le secret du succès se trouverait donc dans l’équilibre.

Meneur charismatique et anticonformiste, il a fort à parier que Jean-François Boland n’a pas fini de nous surprendre. Et c’est très bien ainsi.

 

[i] Omer : Sous-marin à propulsion humaine.

[ii] Hélios : Hélicoptère à propulsion humaine.

[iii] Harvard Business Review – Tip of the Day (traduction libre : être occupé ne signifie pas être productif)